mars 29

Aïcha Noucti Kadji : la Camerounaise qui pimente l’industrie agroalimentaire

Déterminée à épicer les plats du monde avec des assaisonnements venus d’Afrique, l’entrepreneure camerounaise, Aïcha NouctiKadji, a lancé un produit original qui se retrouvera très vite dans toutes vos assiettes ! Portrait.

« Je ne suis pas une suiveuse, je ne voulais pas m’aligner » déclare-t-elle le regard franc. Assise confortablement sur le canapé de sa chambre d’hôtel, la business woman de 40 ans s’exprime avec fermeté, l’esprit néanmoins tranquille. Passionnée par tout ce qui touche à l’alimentation et aux produits manufacturés, la diplômée de l’ ESGCI Paris – passée par Toulouse et HEC Montréal – a révolutionné le domaine de l’assaisonnement culinaire avec ses produits Secret : un concentré d’épices du terroir (poivre de Penja, djansan, ail, oignon…) présenté sous forme pâteuse.

Distribués dans les grandes surfaces au Cameroun (Carrefour et Casino), on retrouve également les produits Secret sur les étals de quelques marchés gabonais et dans la ville de Pointe-Noire, mais également dans plusieurs magasins ethniques français et belges. Cette innovation vendue sur un marché habitué aux assaisonnements en poudre ou en cube a été imaginée pour faciliter la cuisine des amoureux et amoureuses des saveurs africaines. Et pour répondre aux besoins des Africains et Africains de la diaspora actifs et modernes, qui n’ont pas toujours le temps de préparer, trouver ou d’acheter les épices nécessaires à la réalisation des plats. Sans compter que tout le monde ne maîtrise pas l’art de l’assaisonnement comme la fondatrice, Aïcha Noucti Kadji. Celle-ci revient d’ailleurs d’un voyage professionnel en Allemagne. Ses valises à peine défaites sont de nouveau prêtes à partir, car elle s’envole dans très peu temps pour le Cameroun, sa terre natale, où elle a vendu en 6 mois 5 millions de sachets d’épices Secret (70 g) à 200 FCFA l’unité.

Un exploit dans un pays où l’économie n’est pas au beau fixe : « Ce n’était pas facile ! Aujourd’hui au Cameroun, les gens n’ont pas d’argent. Sortir de nulle part avec un produit non vu à la télé et être présent à Douala, Yaoundé, Bamenda, Bafoussam et d’autres villes du pays… ce n’était pas facile, mais on la fait ! » se réjouit-elle en échangeant un regard ravi avec son beau-frère. La cuisine est une affaire de famille. Comme l’a fait sa mère avec elle, Aïcha transmet elle aussi l’art de cuisiner à ses deux petites filles.

Les produits Secret : le besoin de trouver à l’étranger ce qu’il y a en Afrique

L’idée de cette formule prête à l’emploi lui est venue lors d’un long séjour aux États-Unis. « Dans la grande distribution, il n’y a rien comme offre africaine. On est obligé de se rendre dans des magasins spécifiques toujours situés dans des endroits reculés et pas toujours agréables. Heureusement que j’avais apporté pas mal d’épices avec moi pour cuisiner. », se rappelle-t-elle en souriant.

Quelques temps après, en 2013, elle créait la société Keuni Foods dans son salon avec un capital de 500 000 FCFA, soit moins de 1 000 euros. Prête à mettre son grain de sel dans la transformation agro-alimentaire, elle a préparé sa mixture à base d’intrants africains 100% naturels et a vendu ces mélanges d’épices semi-liquides déjà tout prêts. « Personne n’y croyait, même pas ma mère ! Au début, on était que deux dans mon salon ». Aujourd’hui, Aïcha Noucti Kadji est à la tête d’une équipe de 44 membres – composée d’hommes à la production et de femmes au top management – installée dans une usine de 800 mètres carrés au Cameroun.

Elle n’a plus besoin d’écrire d’une belle graphie Secret sur les cartons à expédier, tout se fait dans son usine. Depuis, trois recettes idéales pour les marinades, fritures ou braises de viande, poulet et poisson ont vu le jour. « Très bientôt, on présentera une sauce pour réaliser un riz à la noix de coco. On en a également une pour les pâtes. Avec ça, le goût et nos habitudes alimentaires peuvent être retrouvés dans n’importe quel plat ».

Vendre en grande surface

Aïcha compte tout faire pour travailler avec de plus gros acheteurs et distribuer ses produits dans les grandes surfaces occidentales : « L’objectif est de pouvoir permettre à des Européens et des Noirs-Américains de faire des barbecues, par exemple, avec des épices bien emballées de chez nous. A l’époque personne ne mangeait certaines sauces Tex-Mex ou de soja. Aujourd’hui, on entre chez nos voisins et on en trouve ! Il faudrait que nos épaississants, nos sauces à base de djansan (amandes), de pébè (noix de muscade africaine), nos poivres soient accessibles et se retrouvent même dans les barbecues des Allemands et Suédois » conclut-elle avec humour. Les sauces Knorr et les bouillons culinaire « maggi » n’ont qu’à bien se tenir !

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