février 16

Start-up de la semaine : au Maroc, MediaTab mise sur la publicité… aux toilettes

La start-up MediaTab, créée fin 2016 au Maroc, a réussi à séduire un fonds d’investissement singapourien grâce à sa publicité faite sur des écrans installés autour des lavabos, dans les toilettes des restaurants.

De retour du CES organisé à Las Vegas entre le 9 et le 12 janvier dernier, l’équipe de MediaTab, l’une des neuf start-up marocaines ayant participé à cette grand-messe de l’innovation, a un agenda extrêmement chargé. Le voyage aux USA a été fructueux pour la jeune entreprise qui s’est spécialisée dans la pose d’écrans publicitaires de dix pouces connectés à l’intérieur.

Les deux fondateurs, Idder Idji Mounir, 34 ans, et Réda Bachir El Bouhali, 33 ans, ont réussi à convaincre une deuxième fois un fonds d’investissement singapourien, Vickers Venture Partners, avec leur concept. Ces derniers, qui ont déjà investi 5 millions de dirhams (440 000 euros) il y a quelques mois dans MediaTab, devraient réinjecter entre 5 à 10 millions de dirhams. Grâce à cette levée de fonds, l’entreprise souhaite passer à un niveau plus avancé en termes d’innovation.

MediaTab installe des écrans publicitaires au sein d’établissements tels que des restaurants ou des salons de thé. Ces supports sont connectés et contrôlés à distance grâce à un logiciel, qui s’occupe de la diffusion du contenu publicitaire.

Un concept qui a d’abord suscité l’appréhension

Dans le modèle économique adopté par MediaTab, fondé en 2016, le restaurateur qui accepte d’avoir ces écrans dans son établissement bénéficie de quelques minutes de publicité sur d’autres écrans.

Les publicitaires ont très souvent une appréhension par rapport à l’emplacement du matériel, mais ils finissent par nous donner raison

Intégrés finement dans les miroirs au-dessus des lavabos des sanitaires, les supports de la jeune start-up sont de plus en plus visibles à Casablanca, Rabat et même Marrakech.

Ce modèle n’a pourtant pas été facilement accepté par les annonceurs. « Les publicitaires ont très souvent une appréhension par rapport à l’emplacement du matériel, mais ils finissent par nous donner raison quant à l’efficacité du concept. Cela ne veut pas pour autant dire qu’ils finissent par rapidement signer le bon de commande », raconte Idder, amusé. Pour ce Marrakchi à l’allure sportive, l’emplacement maximise la mémorisation de la publicité.

« Je m’amuse à scruter les réactions des gens quand ils croisent l’un de nos écrans, et généralement ils sont scotchés », se réjouit ce diplômé en finance de l’Institut supérieur de gestion de Paris, qui a travaillé aussi pour un cabinet parisien de conseil en stratégie.

Personnaliser l’annonce

Au départ, fin 2016, l’idée était différente. « Nous nous sommes d’abord inspirés des supports de publicité que nous avons vus dans des taxis que nous avons pris durant nos voyages aux USA et en Asie du Sud », se rappelle-t-il. Ils ont donc voulu dupliquer le modèle au Maroc, avant que « des difficultés administratives monstrueuses » leur fassent changer d’avis.

Plus de 250 écrans installés dans une cinquantaine d’établissements

Un mal pour un bien. Le book de MediaTab commence à être bien garni, avec à son actif plus de 250 écrans installés dans une cinquantaine d’établissements.

Depuis quelques mois, les deux entrepreneurs veulent aller encore plus loin dans le ciblage. « Le matraquage publicitaire n’est pas notre façon de faire. Nous voulons que cela devienne de l’information personnalisée et à destination du prospect », explique Idder.

Actuellement, lui et son associé développent une application qui permettra une interaction entre l’écran et la personne qui se présentera devant. « Cela ne se fera pas par reconnaissance faciale, nous avons trouvé une meilleure solution mais qui est toujours secrète », poursuit fièrement le trentenaire. Il promet que cela sera « aux frontières de l’intelligence artificielle », sans en dire plus.

Question de confiance

Cette innovation a été présentée à Las Vegas – et y a été ovationnée, selon l’entrepreneur. C’est d’ailleurs cette démonstration qui a poussé Vickers Venture Partners à sortir son carnet de chèques pour une deuxième fois. « Nous n’avons plus qu’à préparer le contrat et à signer. Ce sera notre deuxième levée auprès du même fonds, ils aiment bien le concept et ils paraissent confiants », assure Idder.

Au début de l’aventure, les fondateurs avaient mis un million de dirhams de leur poche. « En moins d’une année d’exercice, nous avions presque tout consommé », se rappelle le financier et le stratège de la boîte. Réda Bachir El Bouhali, son associé, s’occupe quant à lui de l’aspect managérial et technologique. Pour le moment, ils ont une équipe de sept personnes autour d’eux et comptent embaucher une fois la levée bouclée, pour atteindre une dizaine de personnes en fin d’année.

« Nous avons eu une année assez difficile et sur plusieurs aspects », lâche Idder, peu avant la fin de l’entretien. D’un côté, MediaTab ne rentre pas dans le moule avec lequel le marché de la publicité est géré au Maroc. L’idée n’a pas été facilement admise, ni par les publicitaires, ni par les propriétaires du lieu où sont posés les supports.

Et la jeunesse de l’entreprise ne les a pas aidés. « Les grands donneurs d’ordre, ceux qui signent des bons de commande ne font malheureusement pas confiance aux jeunes start-up locales. Alors que quelques-unes n’ont souvent rien à envier à leurs homologues outre-Atlantique ou européennes », déplore-t-il. En tout cas, Idder est convaincu qu’avec cette idée, il réussira tôt au tard à conquérir le marché. Il pourrait même commencer à rêver d’une expansion.