décembre 20

NATTY NGOY : « JE DÉFENDS LA MATIÈRE PREMIÈRE D’AFRIQUE »

La Franco-congolaise Natty Ngoy, est à la tête de la marque de maroquinerie Inaden. Un label made in Africa. Mais n’allez pas croire à un nouveau concept surfant sur la vague !

Des marques de prêt à porter promouvant le savoir-faire « made in Africa », il en fleurit pléthore. Alors quand nous sommes tombés sur une campagne Facebook du label fondé par la Parisienne d’origine congolaise, Natty Ngoy, 34 ans, nous avons failli passer à côté d’un véritable positionnement. Notre attention s’est toutefois immédiatement portée sur la qualité des visuels et des produits.

Une ligne de sacs à main basiques confectionnés à partir de cuir véritable, en Éthiopie : il n’en fallait pas moins pour attirer notre curiosité. Design épuré et contemporain, cuir naturel issu des meilleurs cheptels d’Éthiopie, coloris tendres, naturels et intemporels (noir, camel, bordeaux), positionnement éthique et durable… Tous les ingrédients capables de séduire les consommatrices conscientes, les femmes urbaines et coquettes sensibles aux questions de slow fashion.

Inaden

Sacs seau, besaces, sacs à dos citadins, pochettes épurées : autant de basiques bien conçus incarnant l’esprit Inaden, « artisan » en langue tamasheq, de « cool bags » pensés pour les « cool girls », peut-on ainsi lire un peu partout sur le site de l’étiquette.

Quand nous prenons contact avec la chef d’entreprise, seule aux commandes de ce business ayant vu le jour en 2013, elle croule sous les commandes de Noël. Un premier livreur passe pour des bons de commande, puis un autre. Nous comprenons qu’Inaden est victime de son succès ! Celle qui, il y a trois ans, livrait ses produits en scooter dans quelques boutiques parisiennes, peut aujourd’hui se targuer de distribuer ses collections permanentes – avec quelques capsules – dans une quarantaine de boutiques en France, Suisse et Belgique. Depuis le début de l’aventure, ce sont près de 3000 pièces qui ont été produites.

Ancienne consultante, Natty Ngoy a beau être seule à bord de son navire, elle mène sa barque sur des eaux paisibles. Et fait travailler une vingtaine de salariés localement. Découverte d’un projet fabriqué à 100% en Éthiopie, « plus grand producteur de cuir du continent africain », qui compte bien gagner du terrain en Europe.

Comment a germé l’idée de créer une marque de maroquinerie made in Africa ?

Je n’ai pas un profil de designer à la base, mais plutôt de gestion d’entreprise. En revanche, j’avais très envie de travailler avec l’Afrique. Je cherchais à monter un projet capable de valoriser le continent en dehors des sentiers battus. J’ai opté pour la mode éthique pour faire un pied de nez à tous les préjugés. Je voulais sortir du coton, du café, cacao… Et souhaitais également m’affranchir d’un autre cliché : celui d’associer systématiquement la mode au wax.

La maroquinerie, travaillée sur des matières nobles évoquant le luxe pour beaucoup, s’est imposée à moi.

Inaden Look

Une marque éthique, c’est-à-dire ?  

Le terme « éthique » regroupe beaucoup de choses aujourd’hui. Les marques made in France vont s’introniser mode éthique, les labels qui travaillent le coton bio aussi… Personnellement, mon éthique est de défendre la matière première d’Afrique, notamment en Éthiopie où je fais produire mes collections. Il faut savoir que l’Éthiopie exporte énormément de cuirs qui vont être transformés dans d’autre pays. En clair, la valeur ajoutée est créée ailleurs. Encore une fois, on appauvrit l’Afrique. Cette démarche ne m’intéressait pas.

Je conçois un produit 100% africain, qui fait travailler des gens dans de bonnes conditions (heures supplémentaires rémunérées, congés maladie etc.). Mon parti pris est de créer de l’activité : depuis la chaîne de production où le berger va amener son bétail à l’abattoir –  les cuirs utilisés sont issus de peaux provenant de bétail dédié à la consommation – jusqu’à la transformation de la matière en atelier. On s’inscrit dans cette idée de produire un joli produit final, qualitatif.

Une production en Éthiopie, une distribution en France. Comment fonctionne votre structure ?

Depuis le début, j’ai changé trois fois d’atelier par soucis de qualité, de sérieux et d’implication. J’ai fini par m’adresser à une usine qui, à l’origine, fabrique des chaussures (la marque Sawa lancée par le Franco-Algérien Mehdi Slimani, plébiscitée par de nombreuses personnalités comme Oxmo Puccino, ndlr). Laquelle m’a libéré une petite ligne de production. On a commencé à quatre personnes. Aujourd’hui ils sont une trentaine de salariés – majoritairement des femmes – à travailler de manière durable. Ma production ne me permet pas de les faire vivre toute l’année. En contrepartie, je leur apporte une expertise et une exigence qualité qu’ils peuvent exploiter au niveau local. Inaden a permis à cette entreprise locale de recruter. Et d’exploiter une nouvelle compétence : la maroquinerie sur le local.

Au niveau de la conception et de la fabrication, je dessine les croquis, puis on fait le tour des tanneries en Éthiopie pour dénicher les cuirs. On passe ensuite au prototype avant la production. Je fais encore les colis moi-même et les envoie aux boutiques. Aujourd’hui la marque doit et peut se structurer.

Ngoy Inaden

En ayant implanté votre marque en France, quel type de public visez-vous ? Quels sont vos projets de développement ?

On associe beaucoup ma marque à une cible bobo parisienne. Je fais avant tout de jolis produits bien conçus et intemporels. C’est ce pour quoi les collections séduisent. J’aimerais à terme distribuer Inaden en Angleterre, en Allemagne, dans certains pays Scandinaves et pourquoi pas au Japon ! Mon positionnement est moyen gamme. Les produits sont accessibles. L’idée serait de développer ma ligne vers le haut de gamme avec des collections en tannage végétal. La production serait plus coûteuse, les collections viseraient, de fait, un autre public.

Compter 55 euros pour une pochette, et de 99 à 229 euros pour un sac. Pour découvrir la collection et passer commande (livraison partout dans le monde) : rendez-vous sur le site d’Inaden.

Retrouvez la source ici