décembre 04

CIKU KIMERIA ET MARIEME DIALLO-KANE DE DALBERG : LES ENJEUX DE LA PARITÉ EN ENTREPRISE

Pour Into The Chic, Ciku Kimeria, responsable Afrique de la communication à Dalberg Advisors, et Marieme Diallo-Kane, consultante à Dalberg, ont tenu à s’exprimer sur la place des femmes en entreprise et sur la nécessité du leadership au féminin.

C’est à l’issue d’un forum consacré au leadership au féminin, Les Héroïnes Dakar, qui s’est tenu le 18 novembre dernier, que deux représentantes de Dalberg Advisors – une firme de conseil stratégique dédiée au secteur privé en Afrique – ont tenu à revenir sur les enjeux et la nécessité de la parité hommes-femmes en entreprise et de la féminisation des postes à hautes responsabilités.

Lorsqu’Anta Babacar Ngom – présidente de la première édition du forum Les Héroïnes Dakar – est devenue directrice générale du Groupe Sedima – la première entreprise avicole sénégalaise – elle avait des doutes quant à la valeur de son rôle. « Je me suis demandée, pourquoi moi ? ». Jeune, une femme dans un secteur dominé par les hommes, des doutes se glissaient dans son esprit même si elle méritait largement ce poste.

Elle qui a été élevée dans l’entreprise, a réussi à force de travail acharné et de dévouement, et grâce à une connaissance certaine du secteur, à creuser son sillon. Son expérience n’est pas rare chez les femmes leaders en affaires, mais aussi en politique ou dans l’industrie.

Des femmes méritantes, mais conditionnées par la société

Nombreux sont ceux qui souffrent du syndrome de l’imposteur, ce qui n’est pas sans conséquences sur la place de la femme sur le marché du travail. Selon une étude menée pour Harvard Business Review, de manière générale, les hommes postulent à un emploi lorsqu’ils ne répondent qu’à 60% des qualifications, tandis que les femmes ne postulent que si elles en remplissent 100%. Ce qui conduit au phénomène où les femmes sont embauchées et promues sur la base d’expériences prouvées, là où seul le « potentiel » suffit chez les hommes. Il est facile de dire que tout ce dont les femmes ont besoin c’est de confiance en elles, mais elles ne font que suivre les signaux sociaux qui traversent toutes les sociétés et qui leur disent continuellement qu’elles ne sont pas assez bonnes pour diriger.

Dans une récente étude Forbes sur le financement par capital-risque pour les entrepreneurs travaillant dans les domaines de la technologie aux États-Unis, 67% des questions posées aux hommes portaient sur les gains potentiels et les plans de réussite, tandis que 66% des questions posées aux femmes entrepreneures se concentraient sur les risques potentiels ou testaient si les femmes avaient « fait leurs devoirs » pour le projet. Encore une fois, cela révèle que les sociétés en général peinent à imaginer les femmes diriger.

Revenons à Anta. Cette dernière a finalement arrêté de se poser la question « Pourquoi moi ? » pour se demander plutôt  « Pourquoi pas moi ? ». Car oui, « [elle est] une femme, jeune, une femme, noire, africaine mais [qui a] le droit de diriger autant que n’importe qui d’autre. »

De l’importance du rassemblement des femmes leaders

Alors quand Jeune Afrique Media Group a réuni des centaines de femmes leaders à Dakar, évoluant dans divers domaines, dont les affaires, la technologie, la société civile, les arts et la culture, pour passer au crible des sujets comme l’égalité des genres dans les entreprises sénégalaises, les défis et opportunités pour les femmes leaders. Ou encore pour explorer les différentes manières de diriger, nous avons constaté que les femmes leaders ou aspirant à le devenir rencontrent ou ont rencontré les mêmes problèmes.

Nous avons appris que le fait d’être confrontées aux mêmes obstacles peut aussi nous épargner le sentiment d’être seule dans la bataille et nous faire savoir que les problèmes sont surmontables.

Les défis que les femmes ont à atteindre pour accéder à des postes de direction sont nombreux. Au niveau du recrutement, une femme sera délaissée au profit d’un homme ayant les mêmes qualifications ou des qualifications inférieures. Une femme gagnera moins qu’un homme pour les mêmes missions, sera moins promue, n’obtiendra pas le crédit qui lui revient, n’obtiendra pas de seconde chance à la différence de son homologue masculin.

Une enquête menée par Beautiful Soul, une structure pour le changement organisationnel et le développement du leadership au Sénégal – partenaire du forum Les Héroïnes – a révélé que les participantes à la conférence, toutes managers ou directrices, estiment qu’il y a beaucoup à faire pour rendre l’environnement dans les entreprises sénégalaises plus égalitaire : recrutement, conditions de travail, progression de carrière, augmentation des salaires et autres avantages sociaux, conditions d’emploi et accès à la formation.

ForumL’événement a très bien réussi à amener les femmes à partager leurs expériences, à comprendre les défis auxquels elles font face collectivement. Grâce à ces connaissances, elles ont pu améliorer les choses pour elles-mêmes et pour les futures dirigeantes. C’était une célébration du pouvoir des femmes à changer le monde. Des initiatives telles que Les Héroïnes sont très importantes pour créer des liens entre les femmes leaders, exploiter le pouvoir des femmes, propulser les femmes au niveau supérieur et faire grandir la prochaine classe de femmes leaders qui, à son tour, inspirera d’autres femmes.

Les entreprises inclusives sont plus performantes

Une étude de Catalyst réalisée en 2007 auprès de 520 entreprises figurant dans la liste des Fortune 500 dans les années 2000 a révélé que les entreprises où les femmes décideurs sont plus nombreuses que les hommes génèrent respectivement 42%, 53% et 66% de retour sur chiffre d’affaires, retour sur capitaux propres et retour sur le capital investi. Ces chiffrent en disent long sur l’importance des femmes à des postes de prise de décisions. Les avantages pour les entreprises ayant plus de femmes décideurs sont en fin de compte dus à l’effet positif de la diversité en tant que modèle d’affaires.

Les entreprises qui ont plus de femmes décideurs que les hommes tendent à être celles qui ont des cultures, des politiques et des programmes plus inclusifs et qui favorisent l’avancement de la condition des femmes. Le fait qu’il y ait des dirigeantes dans une entreprise attire aussi plus de femmes dans le pipeline puisque leurs ambitions sont récompensées. En clair, ce sont les entreprises qui sont de plus en plus en mesure d’attirer les femmes et de veiller à ce qu’elles créent un environnement propice à l’épanouissement des femmes.

Pour plus de parité, il faut d’abord reconnaître dans les entreprises les préjugés implicites et leur incidence sur notre propre perception, en tant que femmes. Si nous ne reconnaissons pas qu’il y a un problème, il n’y a aucun moyen de le résoudre. Les entreprises tournées vers l’avenir investissent même dans la formation sur les préjugés sexistes à l’intention des cadres supérieurs.

Une fois que ces préjugés sont reconnus, les entreprises doivent s’assurer que les femmes aient accès à des mentors de niveau senior dans l’entreprise, qu’elles puissent recevoir des commentaires sur leur travail, des missions stimulantes leur permettant de montrer leurs compétences et d’être reconnues pour leurs idées et contributions. Les femmes qui arrivent à un niveau de direction mentionnent constamment l’impact positif que peut avoir le soutien d’un sénior – homme ou femme – à leurs côtés, qui s’assure que leur travail et leurs efforts sont vus et reconnus.

Comme dirait notre homologue Madji Sock, responsable des opérations globales du Groupe Dalberg – groupe mondial travaillant pour construire un monde plus inclusif et durable – et co-fondatrice du Women’s Investment Club Sénégal (une plateforme d’investissement orientée vers le commerce où les femmes peuvent apprendre l’une de l’autre et investir dans des entreprises appartenant à des femmes), « Il est maintenant temps d’agir pour que les femmes contribuent pleinement à leur propre développement et au développement de leur pays » !

Retrouvez l’article ici