avril 27

Cross Dakar City, le jeu mobile 100 % sénégalais

L’application mobile créée par Ousseynou Beye entend conscientiser les joueurs à la problématique des enfants mendiants dans la capitale sénégalaise : les talibés. Et par la même occasion, faire découvrir aux Sénégalais l’univers des jeux vidéo.

Avec Cross Dakar City, le joueur devient Mamadou, un garçon de sept ans qui parcourt la ville de Dakar à la recherche de ses parents. Ce garçonnet est un enfant talibé, comme on en trouve beaucoup dans la capitale sénégalaise. « Ce sont des enfants confiés à des écoles coraniques, mais ces dernières les envoient dans la rue pour mendier. Cela les expose à des accidents de circulation, des abus en tous genres, et les foyers dans lesquels vivent ces enfants manquent d’électricité et d’eau. C’est un fléau que j’ai toujours observé, hélas, je ne vois pas d’amélioration. Je me suis dit que je devais, à ma manière, essayer de sensibiliser les gens à ce phénomène », explique Ousseynou Beye, ingénieur en informatique de 32 ans. D’après Human Rights Watch, on dénombre 50 000 enfants talibés dans le pays. À travers les 16 niveaux de l’application mobile, le joueur trouvera sur son passage la rive, les pirogues, les charrettes, les bus, ainsi que les taxis locaux propres à l’environnement dakarois.
Ouvrir la voie aux Africains
L’application du Sénégalais existe depuis mai 2015. Sa réalisation lui a demandé « un mois, mais à raison de deux heures en soirée et quatre heures le week-end ». Quant à son développement, le concepteur ne le juge pas trop difficile. « J’utilisais un moteur de jeu open source – Cocos2d-x – qui m’a permis de développer rapidement. En plus, le moteur est libre et gratuit. C’est aussi un message pour les Africains qui s’intéressent au développement des jeux vidéo : on n’est pas obligé d’utiliser que des produits payants », déclare Ousseynou. Pour ce qui est du langage informatique, monsieur Beye a eu recours au C++ qu’il a appris durant ses études à l’École polytechnique de Dakar.
In-App purchase
Soucieux de rendre son projet rentable, l’ingénieur planche sur ses idées. L’une d’elles consiste à recourir à l’In-App Purchase, à savoir l’achat de contenu via l’application, comme dans le très populaire Candy Crush Saga, où les joueurs pressés de terminer le jeu peuvent sauter des étapes moyennant paiement. « Dans Cross Dakar City, il y a pas mal de bonus, je pourrais y insérer une monnaie virtuelle qui serait récoltée par Mamadou, et créer un mécanisme d’achat qui puisse convertir cette monnaie virtuelle en monnaie réelle. Les joueurs pourraient acheter cette monnaie et la convertir ultérieurement en bonus, afin d’évoluer plus rapidement dans le jeu. Cet argent, sous réserve de l’accord des ONG avec lesquelles je pourrais travailler, permettrait de participer à la création d’ateliers informatiques dans les villages accueillant ces enfants mendiants », précise le créateur.
Un avenir prometteur
Avec un peu plus de 50 000 téléchargements, Cross Dakar City intéresse plus de 16 000 personnes sur les réseaux sociaux. Du côté des plateformes de téléchargements mobiles, les retours sont satisfaisants, puisque le jeu obtient une note de 4,6/5. Pour la suite, une version 3D du jeu est en cours. Mais pas que. « Je souhaite créer un studio de développement de jeux vidéo inspiré de la culture africaine avec pour objectif de parler de l’histoire africaine et aussi de convaincre les Africains que le jeu vidéo peut être lucratif. Aujourd’hui, le jeu vidéo est la première industrie culturelle au monde et beaucoup d’Africains ne le savent pas.
Contacté par la mairie de Dakar dans le cadre de « Ville numérique de l’UNESCO », Ousseynou explique que l’idée serait de « faire des ateliers dans des écoles et des universités pour enseigner le développement de jeux vidéo. Notre souhait serait de faire des séminaires où je pourrais enseigner les bases aux étudiants. » À pas encore un an d’existence, Cross Dakar City a déjà été nominé en 2015 au World Summit Award et à l’Appsafrica Innovation Awards. Un début prometteur pour la suite des aventures de Mamadou !
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